« Ce congrès fera date »
Quel regard portez-vous aujourd’hui sur ce congrès, quelques jours après sa clôture?
Séverine Vernet: D’abord, la participation a été inédite: presque la moitié des confrères se sont déplacés. C’est suffisamment nouveau pour être souligné. Cela montre aussi l’intérêt qu’ils portaient au sujet. J’en retiens que nous avons des professionnels qui s’investissent dès lors qu’ils savent que des enjeux déterminants pour leur avenir sont posés. Ils acceptent d’aller vers des sujets qui ne sont pas forcément les leurs au départ, mais sur lesquels ils ont conscience de devoir s’investir. Ma première satisfaction, c’est donc de présider une profession composée de géomètres-experts concernés et mobilisés quand cela est nécessaire.
Dans quelle mesure le thème de l’IA a-t-il été adopté par les participants? Ceux qui étaient réticents sont-ils repartis avec des réponses?
S.V.: Ceux qui étaient déjà avancés sur le sujet ont trouvé des idées qui les ont confortés, ou qui leur ont permis d’aller plus loin, grâce à des intervenants qui ont poussé la réflexion. Pour d’autres, le congrès a mis le pied à l’étrier: ils sont repartis en se disant qu’il fallait s’y mettre, engager telle ou telle démarche. Tous sont repartis avec un bagage plus important qu’à leur arrivée, même ceux qui avaient déjà des notions avancées. C’est une grande réussite du congrès. Tout au long des échanges, les interventions ont été nourrissantes, instructives, constructives. À chaque prise de parole, le sujet a avancé.
L’un des écueils identifiés en amont était la peur que peut susciter l’intelligence artificielle. Avez-vous le sentiment d’avoir réussi à la dépasser?
S.V.: Le fait que les confrères repartent en se disant qu’il faut se lancer est déjà un signe. L’idée n’était pas de dire que l’intelligence artificielle allait nous remplacer, mais plutôt: si nous ne nous y mettons pas, nous risquons, nous, d’être remplacés. Ce message n’a pas été formulé pour faire peur, mais pour inciter chacun à se saisir du sujet. Le dialogue et l’explication permettent de surmonter l’appréhension, en montrant qu’il existe des solutions. Tout le monde peut apprendre à nager dans le sujet de l’intelligence artificielle, à condition de s’y mettre.
99% des géomètres-experts avaient déjà touché à l’intelligence artificielle, mais «Tous sont repartis avec un bagage plus important qu’à leur arrivée». © OPA
Vous aviez travaillé à l’élaboration d’une charte, dévoilée à l’issue des débats. D’où est venue cette idée et quels en sont les grands principes?
S.V.: Elle est née d’un constat: dans le domaine de l’intelligence artificielle, certains sujets sont particulièrement sensibles, notamment la diffusion et l’utilisation des données, mais aussi la souveraineté. Ce sont des sujets qui nous concernent comme citoyens, mais aussi comme géomètres-experts. Il est donc apparu assez rapidement qu’il fallait donner un cadre d’utilisation à l’intelligence artificielle, car son champ d’application est vaste et peut vite conduire à de mauvaises utilisations. La charte est aussi là pour réveiller les esprits: rappeler qu’il faut informer, citer ses sources, indiquer à quel moment l’intelligence artificielle a été utilisée. Et surtout, ne jamais oublier que celui qui signe reste le géomètre-expert. La responsabilité demeure celle du professionnel. En cas de difficulté, c’est lui que l’on viendra chercher, pas l’intelligence artificielle. La charte permet enfin de réinsister sur la dimension humaine du métier. Elle redit peut-être des évidences, mais il était important de les formuler devant tout le monde et de les inscrire dans un document auquel on puisse se référer.
Pourquoi avoir présenté cette charte à ce moment précis?
S.V.: Parce que certains sont déjà aguerris, mais pas tous. Les sondages ont montré que 99% des géomètres-experts avaient déjà touché à l’intelligence artificielle, mais de manière plus ou moins quotidienne et plus ou moins efficace. C’était donc le bon moment pour présenter ce document. Le congrès visait aussi à désacraliser l’intelligence artificielle. Il fallait, en même temps, fixer le cadre dans lequel elle devait être utilisée et alerter les consciences sur les dangers qu’elle pouvait présenter, ainsi que sur les points auxquels chacun doit rester attentif.
Un congrès est aussi une occasion de prendre le pouls de la profession. Quel est votre ressenti ?
S.V.: J’ai vraiment le sentiment d’avoir retrouvé des consœurs et confrères motivées. Le fait d’être tous ensemble, au même endroit, avec les partenaires de l’Ordre, a créé quelque chose. Le contexte économique n’est pas simple, nous en sommes tous conscients, et beaucoup ont fait l’effort de venir malgré des difficultés. D’après les retours que j’ai eus, ils sont repartis remotivés, reboostés, avec un esprit de corps fort. Le rassemblement a donné une consistance à la profession. Je pense que ce congrès fera date, parce qu’il a donné le sentiment que la profession avait identifié une mutation profonde, l’avait prise à bras-le-corps et allait la surmonter.
Le prochain congrès se tiendra en même temps qu’une manifestation d’ampleur, les Working Weeks de la FIG, en 2028. Comment vous projetez-vous sur cet événement?
S.V.: Les Working Weeks sont des événements impressionnants par leur dimension. Elles permettent d’échanger avec des personnes venues de l’autre côté de la planète, avec lesquelles on n’aurait pas forcément imaginé dialoguer. C’est une chance pour les géomètres-experts français d’avoir accès à un tel événement. Il nous reste désormais à réfléchir concrètement à la manière dont notre congrès sera adossé à cette manifestation. Il faudra sans doute prévoir un temps entre nous, non pas pour ne pas nous mêler aux autres, mais parce que la profession a aussi besoin d’un moment commun. Le sujet de la FIG devrait être lié à la ville de demain et à ses contraintes, un thème qui concernera évidemment les géomètres-experts français. Notre congrès existera donc bel et bien, mais il sera sans doute «augmenté» par cette possibilité de croiser les expertises entre professionnels venus de différents pays.
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