L’IA, nouvel horizon pour la profession
Cela faisait longtemps que les géomètres-experts ne s’étaient pas retrouvés «en famille». Deux ans après les Assises nationales de la sobriété foncière, organisées sur quatre sites géographiques, le 48e congrès, organisé à Nantes, a marqué le retour à un événement unique, rassemblant plus de 1.200 professionnels, dont un peu plus de 900 géomètres-experts. Un moment fort pour la profession, qui l’a fait entrer de plain-pied dans la nouvelle dimension du travail à l’échelle mondiale: celle de l’intelligence artificielle.
Il s’agissait, pendant ces trois jours de conférences, d’ateliers et de débats, de réfléchir à «l’impact de l’IA sur les technologies et les expertises du professionnel». Avec une conviction exprimée d’emblée par Antoine Vinceneux, trésorier du Conseil supérieur et hôte de l’événement en tant que président du conseil régional d’Angers: «L’IA n’est pas une fin en soi. Elle est un révélateur, un exhausteur de notre technicité». Tout ce qui relève de la responsabilité, de l’éthique et du jugement demeurant «une compétence humaine». Reste que, pour la philosophe Laura Lange, l’intelligence artificielle transforme peu à peu notre environnement, en nous faisant passer «dans un monde où il y aura de moins en moins d’experts et de plus en plus d’apprentis».
VERS UN PROFESSIONNEL AUGMENTÉ
«Nos repères se déplacent, nos cartes se redessinent, poursuit la spécialiste en philosophie pratique, et nous faisons face à beaucoup plus de questions que de réponses.» Au premier rang de ces interrogations, celle-ci, vertigineuse: «L’IA est-elle un amplificateur de la pensée ou un fossoyeur de la réflexion?» La population des géomètres-experts, elle, a semble-t-il déjà choisi de se confronter à cette nouvelle réalité. Une enquête réalisée auprès des conseils régionaux montre ainsi que 99% des répondants «connaissent l’IA», 74% des cabinets disant «avoir déjà engagé une démarche d’utilisation ou d’expérimentation».
Mais comment intégrer cette technologie dans les organisations? Avec quels objectifs? Sur quelles bases juridiques, techniques, éthiques? Surtout, comment préserver la valeur ajoutée du professionnel, garantir l’exactitude de sa prestation et assumer sa responsabilité lorsque l’IA intervient désormais dans une partie de la chaîne de production? C’est à ces questions que se sont attelées les participants de ces trois journées de congrès, venus du sérail mais aussi d’horizons plus ou moins lointains tels que ceux des autres professions réglementées comme les architectes ou les commissaires de justice. C’est à ces écueils que se heurtent aussi les praticiens du droit tels que les avocats et les magistrats. Et c’est justement parce qu’avant l’intelligence artificielle il y a l’intelligence collective que ces confrontations de points de vue, d’expériences et de méthodes ont donné à ces échanges une dimension universelle et sans doute moins effrayante pour ceux que l’IA rebuterait encore. Car, si plus des deux tiers des géomètres-experts interrogés en amont de l’événement estimaient que «l’IA peut améliorer la rigueur et l’impartialité du géomètre-expert», beaucoup oscillaient encore, à l’ouverture du congrès, entre crainte et fascination.
Du 23 au 25 juin, la Cité des congrès de Nantes a accueilli plus de 1.200 professionnels. © OPA
Face à ces questionnements, les séances, ateliers et autres talks qui ont rythmé ce 48e congrès ont joué la même partition. Oui, l’IA est devenue incontournable en 2026. Oui, ceux qui rechignent à l’intégrer risquent fort d’être doublés par ceux qui auront choisi de l’intégrer. Mais non, l’IA ne va pas remplacer le professionnel. Idéalement, elle va même «l’augmenter» en lui permettant d’automatiser et de déléguer les tâches chronophages et répétitives de façon à pouvoir se consacrer à ce qui fait sa valeur ajoutée: l’expertise, l’expérience humaine, la responsabilité. À ce titre, les ateliers «off» proposés cette année en complément des séances plénières — «IA et actes fonciers», «Algorithme pour créer des routines d’automatisation de tâches répétitives en DAO» ou encore «Développement de la méthode Business, performance, efficience (BPE)» — ont remporté un vif succès auprès des congressistes.
Mais comme toute révolution, celle de l’IA a besoin d’être sinon encadrée au moins accompagnée. En cela, la présentation officielle d’une «Charte d’utilisation de l’intelligence artificielle dans l’exercice professionnel» lors de la dernière journée est venue démontrer que les instances ordinales tenaient à offrir des garanties aux professionnels, d’une part, et aux usagers, d’autre part. Aux premiers, elle offre un cadre, aux seconds la garantie que l’IA restera un outil au service du géomètre-expert, et non l’inverse.
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Retrouvez ces articles et l’ensemble du dossier consacré au 48e congrès des géomètres-experts dans le magazine novendi n°11, juillet - août 2026, en consultant notre page «Le magazine».

