La pluie au prisme de la cartographie
Ce sont quarante jours de pluie consécutifs qui se sont abattus sur la France entre le 14 janvier et le 22 février dernier. Soit, d’après Météo-France, «la série de jours de pluie consécutifs la plus longue mesurée en France depuis 1959». Pour tenter d’analyser ce phénomène, l’année 2024, dont les données sont consolidées, constitue un excellent repère. Déjà exceptionnellement pluvieuse, avec plus de 1.075mm de précipitations en moyenne sur l’ensemble du territoire (un volume supérieur de 15% aux normales saisonnières) elle s’était hissée au niveau des dix années les plus arrosées depuis 1959. C’est à cette anomalie qu’a souhaité s’intéresser l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN) en proposant, par le biais de son atelier de cartographie thématique, une carte croisant deux données aussi essentielles que complémentaires: la quantité totale de pluie tombée sur l’année et le nombre de jours où les précipitations ont dépassé un millimètre.
Ce travail cartographique minutieux s’appuie sur les relevés enregistrés par les 1.546 stations météo réparties sur l’Hexagone et la Corse. Des chiffres qui illustrent une année hors normes: «le printemps 2024 a été le plus arrosé depuis 2008, et le quatrième depuis le début des mesures en 1959», indique Météo France dans son bilan climatique annuel 2024. Les mois de mars et septembre ont été exceptionnellement pluvieux, le second dépassant de 60% les normales 1991-2020, devenant le mois de septembre le plus arrosé depuis 1999.
2024 : UNE DES DIX ANNÉES LES PLUS ARROSÉES DEPUIS 1959
Sur la carte produite par l’atelier de cartographie thématique, on observe toutefois des disparités importantes entre les régions. Alors que les Pyrénées-Orientales et l’Aude sont les seuls départements à avoir connu un déficit de précipitations (50 jours de pluie et 421mm de précipitations seulement au cap Bear, voir sur la carte), l’extrême est et l’extrême ouest ont été copieusement arrosés. Le ballon de Servance, dans les Vosges, considéré comme le toit de la Haute-Saône (1.216m d’altitude) a ainsi enregistré 184 jours de pluie en 2024, soit plus d’un jour sur deux, et un total de 2.526mm de précipitations, c’est-à-dire bien 135% de plus qu’une moyenne nationale déjà élevée. Autre enseignement de cette carte, la violence des événements climatiques. À Malons et Elze, aux confins des Cévennes et de l’Ardèche, les 2.623mm de précipitations se sont abattus en seulement 94 jours, pour une moyenne de 27,8mm par jour de pluie.

«À l’heure où les événements climatiques extrêmes se multiplient, cette carte offre une photographie précise d’un phénomène aussi familier que la pluie, mais dont les variations annuelles sont révélatrices des évolutions en cours sur notre territoire», précise l’IGN. Évolutions que surveillent également de près les services de Météo France, pour lesquels l’année 2024 «est représentative des fortes variations de cumul de précipitations d’une année à l’autre». Alors que 2022 se situait en toute queue de peloton, avec un déficit de 24% par apport à la période 1991-2020, 2023 était revenue à la normale avant l’épisode inédit de 2024. Si 2025 a été la quatrième année la plus chaude depuis 1900, la pluviométrie, elle, s’est situé 4% en deçà de la moyenne annuelle. L’hiver 2025-2026, en revanche, établit d’ores et déjà un nouveau record, avec une moyenne pluviométrique deux fois plus importante que la normale en janvier et février. Les chiffres parlent d’eux-mêmes, avec 588mm à Quimper (contre 412mm en moyenne), 321mm à Bordeaux (260mm) ou encore 203mm à Toulouse (139mm) entre le 1er janvier et le 22 février.
(Sources: IGN, Météo France, La Chaîne Météo).
1 075
Avec plus de 1 075 mm de précipitations en moyenne sur l’ensemble du territoire, 2024 a été exceptionnellement pluvieuse, dépassant de 15% les normales saisonnières.

