Teria, le réseau qui n’en finit plus de monter
C’est une petite boîte noire. Un carré d’une vingtaine de centimètres de côté, posée au milieu de la table de réunion. Un objet minimaliste, d’apparence robuste, que tient entre ses mains le directeur général de Teria, Paul Chambon. Il s’agit du nouveau boîtier qui équipera les stations permanentes du réseau de géolocalisation Teria. Ce petit carré noir est une nouveauté, certes, mais il dit surtout autre chose, en illustrant par l’exemple la stratégie de cette petite PME qui n’en finit plus de grandir. Ce boîtier noir, pièce essentielle des stations du réseau jusqu’alors sous-traitée, sera désormais fabriqué en interne. Question de maîtrise des coûts, mais pas seulement. «Nous sommes depuis toujours engagés dans une démarche d’indépendance, confirme Patrick Di Renzo, président de Teria. Dès que nous avons pu intégrer des outils et des compétences, nous l’avons fait.»
«Lorsque je suis arrivé dans la société en 2008, il fallait créer un service technique de A à Z», se souvient pour sa part Paul Chambon. Le jeune ingénieur géomètre, diplômé de l’ESTP, assiste dès 2009 aux premiers «rapatriements techniques» vers la société. Dix-sept ans plus tard, la trajectoire n’a pas varié.

PATRICK DI RENZO
«Nous avons monté en 18 mois un réseau qui aurait dû nous prendre 4 ou 5 ans.»
Au départ, Teria était une société de services, à laquelle on avait assigné un objectif: «doter la profession de géomètre-expert d’un outil de géolocalisation temps réel de précision centimétrique afin de géoréférencer dans un système unique toute la production topographique et foncière». Ce but a été atteint, avec un démarrage dont se souvient le président, recruté en 2005 pour développer le réseau «sans rien connaître au système GNSS», se marre-t-il aujourd’hui. «Nous avons monté en 18 mois un réseau qui aurait dû nous prendre 4 ou 5 ans, s’étonne encore Patrick Di Renzo, ce qui aurait été rigoureusement impossible sans la centaine de géomètres-experts qui a accepté de nous accompagner dans notre développement.» À l’époque, il existe par-ci par-là quelques réseaux de géolocalisation, mais aucun réseau national de précision. Avec l’aide de cette centaine d’ambassadeurs locaux et la promesse que plus de 500 professionnels étaient prêts à soutenir l’aventure en s’abonnant, Teria décolle en moins de deux ans.
«FULL GNSS» DEPUIS 2016
Le résultat, c’est un réseau d’une précision centimétrique utilisable en temps réel, conformément à la commande initiale, mais aussi un service qui s’inscrit parfaitement dans l’air du temps. La crise économique de 2008 mettra ainsi en valeur le rapport qualité-coût du réseau Teria. Parallèlement, sur le plan technologique, l’essor de l’agriculture de précision et du guidage d’engins de travaux publics, associé aux prémices du véhicule autonome, agissent comme autant de catalyseurs sur le marché du géoréférencement de précision en temps réel. L’entreprise, elle, s’adapte à une nouvelle donne satellitaire, dans laquelle l’Américain GPS n’est plus le seul. En 2016, Teria devient donc «full GNSS» en réunissant, outre le GPS, l’Européen Galileo, le Chinois Beidou et le Russe Glonass.

PAUL CHAMBON
«Nous travaillons déjà avec la Côte d’Ivoire, Maurice et la Mauritanie.»
La stratégie d’indépendance suit cette évolution. D’abord avec le matériel: lancement du terminal Teria en 2020 et commercialisation du Pyx en 2021. «Pyx, c’est un virage technique, souligne Paul Chambon. Mais cela nous permet aussi de créer en même temps un produit, un service après-vente associé et un département de recherche et développement, le tout designé et fabriqué en France.» Avec ce produit, «un récepteur GNSS haut de gamme à prix très correct fournissant une mesure de très haut niveau», Teria intègre un nouveau métier. Le réseau, lui, a permis à l’entreprise de trouver toute sa place. Avec plus de 250 stations réparties sur le sol français, dans l’Hexagone comme en outremer, il est même devenu une référence. Sur le territoire métropolitain, la distance séparant deux antennes est actuellement de 60km en moyenne. Bientôt, avec 300 stations, ce chiffre tombera à 50km. «Aujourd’hui, nous sommes en mesure de garantir un service optimum, précise Paul Chambon, également directeur technique de la société. Demain, nous saurons le faire y compris en conditions dégradées.» Comprendre: le réseau saura faire face aux aléas climatiques, dont l’impact sur le géoréférencement ira croissant dans les prochaines années. Forte de ces évolutions, Teria a conquis au fil des ans des parts de marché dans des domaines aussi variés que les villes intelligentes, l’aéronautique, la santé, la défense, l’agriculture ou la robotique industrielle.
DES OPPORTUNITÉS SUR LE MARCHÉ AFRICAIN
Un réseau performant, du matériel de pointe: restait encore un vide à combler pour pouvoir être en mesure de proposer une offre globale: la partie logicielle. Avec le rachat de JS Info en 2024, cette dernière étape a été franchie. Le logiciel TopStation, une plateforme CAO-DAO pour la topographie, fondée sur une base de données dynamique automatisant la mise à jour des plans et des livrables, «était la dernière brique qui nous manquait», souligne Patrick Di Renzo. Une brique qui a vu arriver dernièrement un rapprochement avec Limit Addict, un service automatisant une partie de la chaîne de production du géomètre-expert, depuis l’exploitation des relevés et nuages de points jusqu’à la réalisation des plans et à l’intégration des données cadastrales et administratives. Dans quelques mois devrait voir le jour une nouvelle fonctionnalité, cette fois spécifiquement dédiée aux opérations d’aménagement foncier agricole, forestier et environnemental (Afafe). Cette diversification — réseau, matériel, logiciel — répond à la fois à une nécessité — «se démarquer de la concurrence» — et une volonté — «maîtriser une chaîne de valeur globale» — explique Paul Chambon.
Et demain? Comment la PME envisage-t-elle la suite de son développement? La réponse se trouve évidemment dans la recherche et l’innovation, mais elle pourrait aussi s’écrire hors des frontières. Tout en restant dédié à sa clientèle historique — les géomètres-experts, qui représentent 40% de son chiffre d’affaires — Teria s’autorise à voir plus loin. En Europe, où la qualité du réseau bâti en France n’est pas passée inaperçue mais où le marché s’avère extrêmement concurrentiel, mais aussi et peut-être surtout en Afrique. «C’est un marché très prometteur, confirme Paul Chambon. Nous travaillons déjà avec la Côte d’Ivoire, Maurice et la Mauritanie et nous voyons des perspectives se dessiner dans d’autres pays, notamment ceux où notre solution peut permettre de réaliser une cartographie foncière rapide et de qualité.»
Une société engagée
Chez Teria, la culture d’entreprise est ancrée, notamment à travers une gouvernance axée sur la transparence. Une direction qui se traduit également par des certifications obtenues successivement: ISO9001, dès 2011, en matière de management de la qualité; puis ISO14001, en 2014, avec la mise en place d’une politique de maîtrise des processus organisationnels ayant un impact sur l’environnement. L’entreprise vise désormais la norme ISO27001, relative aux systèmes de management de la sécurité des informations (SMSI). En 2023, Teria est devenue une société à mission, intégrant dans ses statuts des objectifs sociaux et environnementaux, en complément de sa recherche de profit.

