L’agriculture espagnole menacée par la pénurie d’eau
L’Espagne est le premier producteur européen de légumes depuis dix ans, avec 14,8 millions de tonnes récoltées en 2024, soit près de trois fois la production française. Pour les fruits, le pays occupe la deuxième place derrière l’Italie, avec 4,3 millions de tonnes. Une productivité exceptionnelle permise par les terres irriguées, concentrées sur la façade méditerranéenne. Si elles ne représentent qu’un quart de la surface cultivée, elles assurent en revanche plus de 65% de la production agricole finale du pays.
Ces cultures sont dépendantes des nappes phréatiques et d’une série de grands ouvrages hydrauliques, comme le canal Tajo-Segura, qui détourne les eaux du fleuve sur 300km pour irriguer l’horticulture de Murcie et de Valence. Sauf que les réserves hydriques sont au plus bas. Et l’agriculture irriguée se retrouve plus que jamais menacée par le réchauffement climatique.

© Marti Blancho — Sources: CSIC et CLC
La carte de l’indice d’aridité projeté dans un monde à +3°C (selon le scénario intermédiaire du Giec, le SSP2-4.5) illustre une péninsule ibérique largement condamnée au stress hydrique chronique. Les sécheresses se multiplient, la pluviométrie recule et la désertification progresse chaque année. Plutôt que de s’adapter, l’agriculture intensive est engagée dans une fuite en avant. Les surfaces irriguées ont été multipliées par deux en cinquante ans et 80% de l’eau disponible est consommée par l’agriculture.
Le symbole de cette contradiction est Almería. Ses 300km2 de serres, la célèbre «mer de plastique», font de la province «le potager de l’Europe». Le goutte-à-goutte y est généralisé, mais il a surtout servi à étendre les surfaces cultivées et intensifier la production plutôt qu’à économiser l’eau. Résultat: 80% de l’eau consommée par les exploitations agricoles de la zone provient aujourd’hui d’aquifères surexploités, dont la recharge naturelle ne suit plus les besoins.

