Territoire

Data centers : aménager l’ère numérique

Ils sont invisibles dans nos usages quotidiens mais de plus en plus présents dans nos paysages. Derrière l’explosion des centres de données se dessinent des questions concrètes : artificialisation des sols, conflits d’usage, consommation énergétique, planification urbaine. Des enjeux qui redessinent le débat territorial.
Samuel Ribot Le samedi 28 février 2026
© Oleg / Adobe Stock

Observer les data centers, c’est d’abord changer de focale: le «cloud», cet espace de stockage et de circulation de nos données numériques est justement tout sauf un nuage. De la même manière que l’Internet repose prioritairement sur des câbles, l’hébergement des données et la puissance de calcul dont nous avons un besoin exponentiel avec le développement de l’intelligence artificielle s’appuient sur des infrastructures physiques. Les data centers, ce sont doncdes bâtiments et des équipements (serveurs, calculateurs, dispositifs de refroidissement…). Ce sont aussi de gros consommateurs de ressources foncières et d’énergie. Au-delà de leur impact, «ces infrastructures sont devenues stratégiques, comparables à des réseaux routiers ou électriques», confirme l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) dans un rapport publié au mois de janvier dernier. La France l’a bien compris, choisissant de se positionner en pointe dans le développement des centres de données: 250 unités en 2022, 315 en 2024 et sans doute plus de 500 en 2030. Incontestablement, le pays dispose d’atouts en la matière: «des talents exceptionnels, des compétences pointues dans les domaines de l’informatique et du numérique et une infrastructure énergétique solide, décarbonée et fiable […] une position géographique idéale, au cœur de l’Europe, qui nous place à la croisée des routes commerciales et numériques mondiales», détaille le patron de la Direction générale des entreprises (DGE) Thomas Courbe, en ouverture du guide d’implantation spécifique édité par la DGE et Business France en novembre dernier.


L’AVENIR ? UNE APPROCHE TERRITORIALISÉE ADAPTÉE AUX BESOINS ET AUX RESSOURCES LOCALES
La multiplication de ces fermes à données ne va toutefois pas sans poser de questions. «En devenant visibles, les data centers sont devenus un sujet de société, constate l’urbaniste Cécile Diguet, spécialiste des data centers et de leurs impacts spatiaux et environnementaux. Ce changement d’échelle joue énormément. Avec les nouveaux projets, qui peuvent occuper jusqu’à 80.000m2, l’emprise au sol, l’artificialisation des terres, la place dans le paysage, la demande électrique: tout devient énorme.» À tel point qu’on a affaire à un objet finalement assez inédit: «On pourrait rapprocher l’arrivée des data centers du boom de la logistique, de la grande distribution ou de certaines industries, mais la différence, c’est qu’ils cumulent une forte emprise foncière, une concentration territoriale et une consommation énergétique intensive et continue, 24 heures sur 24. De ce point de vue, c’est vraiment une classe d’infrastructure d’un genre particulier».

 



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En matière foncière, la prolifération des data centers pose de réels défis, suscitant un débat autour de la nécessité d’un encadrement a priori de leurs conditions d’implantation. «Le vrai sujet, note Cécile Diguet, c’est que les data centers n’entrent pas facilement dans les catégories actuelles du PLU. Ce sont à la fois des bâtiments et des infrastructures. Tant qu’on les traitera comme des locaux d’activité classiques, les règles ne seront pas adaptées. L’idée serait donc de créer une catégorie spécifique dans les documents de planification afin de mieux encadrer leur implantation.»
Derrière ce débat se dessine celui de l’acceptabilité des centres de données. Dans certaines villes, comme Marseille, la fronde est désormais bien réelle. Ailleurs, des solutions se dessinent pour intégrer ces infrastructures à la trame urbaine existante. L’avenir est peut-être à «des unités plus petites, intégrées dans des bâtiments existants, à une approche territorialisée, en adaptant la taille des infrastructures aux besoins locaux et aux ressources énergétiques locales», propose l’urbaniste, auteure d’un livre intitulé Sous le feu numérique, spatialité et énergies des data centers (1). Les capitalisations boursières faramineuses atteintes par les géants de l’IA ne semblent pas plaider pour un ralentissement du marché des centres de données, sur lequel surfent de nombreux acteurs économiques majeurs. À moins qu’un mouvement de balancier ne vienne infléchir cette trajectoire… «Les géants de la tech ont besoin d’annoncer des objectifs toujours plus élevés pour maintenir leur valorisation, mais il n’est pas impossible que certains projets soient réévalués dans les deux années à venir», estime Cécile Diguet.


Sources: vie-publique.fr, Ademe, Direction générale des entreprises (DGE), France Data Center, Les Échos.

 

(1) Éditions MetisPresses, ISBN 978-2-940711-26-0.

 




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Retrouvez ces articles et l’ensemble du dossier consacré aux data centers dans le magazine novendi n°7, mars 2026, en consultant notre page «Le magazine».

 


 

 

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