« L’IA arrive très vite et très fort, apprivoisons-la ! »
La séance que vous animerez sera consacrée aux transformations induites par l’IA dans le métier de géomètre-expert. Comment qualifier ce mouvement?
Vincent Frey: L’IA va modifier — et modifie déjà — profondément certains aspects de notre métier. Elle transforme l’organisation de nos entreprises et notre manière de travailler. L’objectif de la séance est de donner des clés à nos confrères pour mieux appréhender ces mutations. Parce qu’en tant que chefs d’entreprise, il est essentiel que nous prenions en main ces changements. Nous allons proposer à nos confrères des pistes, des exemples, des solutions pour mieux comprendre ces évolutions.
La séance s’ouvrira sur une citation de Reid Hoffman, cofondateur de LinkedIn: «Si vous ne transformez pas votre entreprise avec l’IA, quelqu’un d’autre le fera et vous remplacera. Demandez à Kodak»…
V.F.: Cette citation risque sans doute de réveiller l’auditoire! Nous voulons marquer les esprits et dire clairement: il est temps de s’y mettre. La référence à Kodak est intéressante, parce qu’elle revient souvent lorsqu’on parle de transformations technologiques majeures. Cette entreprise avait tout pour réussir, mais elle n’a pas su s’adapter aux mutations de son environnement. Certes, nos entreprises ne disparaîtront pas dans deux ans si elles n’adoptent pas immédiatement l’IA, mais elles risquent progressivement de perdre en compétitivité.

VINCENT FREY
«Dans la gestion du changement, on estime que 80 à 90% des échecs de projets proviennent d’un manque d’adhésion des équipes.»
Vous insisterez sur «l’humain au cœur du changement», dans le cadre d’un congrès naturellement très orienté technologie. Pourquoi?
V.F.: Parce que dans une entreprise, le cœur du réacteur reste l’humain. Dans la gestion du changement, on estime que 80 à 90% des échecs de projets proviennent d’un manque d’adhésion des équipes. Aucun projet de transformation ne peut donc réussir sans l’adhésion des personnes qui vont devoir le porter. C’est pourquoi il faut penser la transformation en y intégrant pleinement la dimension humaine et en associant les équipes à cette réflexion. Il y a aussi la question de la charge mentale. Certains dirigeants peuvent se sentir submergés: ils ont déjà beaucoup à gérer et on leur explique soudain qu’ils doivent en plus intégrer une transformation technologique majeure. Face à cela, il faut accompagner, former, rassurer. La différence de l’IA avec d’autres technologies est que celle-ci arrive très vite, très fort, et qu’elle peut être très structurante.
Vous évoquez les usages très concrets de l’IA pour le chef d’entreprise. Comment allez-vous illustrer cela pendant la séance?
V.F.: Nous allons montrer que l’IA peut être utile dans de nombreux aspects du quotidien. Quand on dirige une petite entreprise, on cumule beaucoup de rôles: DRH, directeur financier, responsable commercial, directeur technique, gestionnaire de la relation client, etc. L’IA peut nous aider dans chacun de ces domaines. Pour illustrer cela, nous serons accompagnés de deux dirigeants d’une entreprise appelée NowBrains, spécialisée dans les services informatiques et très impliquée dans les écosystèmes liés à l’IA. Nous allons utiliser une méthode appelée BEP, structurée autour de trois piliers: Business, Efficiency et Pilotage. Cette grille permet d’analyser les différentes fonctions de l’entreprise et de montrer comment l’IA peut améliorer chacune d’entre elles. Nous ferons également quelques démonstrations en direct: par exemple la génération de tableaux de bord financiers, ou encore l’utilisation d’agents capables d’interagir entre eux pour produire des analyses. L’idée est de montrer que l’IA peut agir comme un assistant très compétent: une sorte d’expert-comptable, de DRH ou de directeur commercial qu’on aurait en permanence à ses côtés.
Qu’aimeriez-vous qu’un participant retienne de cette séance?
V.F.: J’aimerais qu’en rentrant, il prenne un abonnement à un outil (si ce n’est pas déjà fait), qu’il teste, expérimente, voit ce qu’on peut faire et ce qu’on ne peut pas faire. Cela permet d’acquérir une première culture de l’IA et d’imaginer des pistes de déploiement dans l’entreprise. Puis qu’il dise à ses collaborateurs: le sujet existe, je m’y intéresse, nous allons réfléchir ensemble à la manière de l’aborder. Viendra ensuite le temps d’identifier un ou deux projets concrets pour commencer. Il faut avancer progressivement. À titre personnel, je ne suis ni un expert de l’IA ni un spécialiste de la gestion d’entreprise. Mais je suis confronté à ces problématiques au quotidien, comme beaucoup de confrères. Et j’ai déjà résolu certaines situations grâce à l’IA. Je pense que cela est appelé à se développer dans tous les cabinets. L’idée de ce congrès est aussi de partager ce type d’expérience.

