L’Islande, un mythe sous pression
C’est un serpent de plus de 1.300km, lové autour de l’Islande. La Ring Road, littéralement la «route circulaire», également appelée «route 1», chemine entre champs de lave, glaciers et plaines côtières. Axe touristique par excellence, elle dessert les principaux sites naturels de l’île: cascades, geysers, volcans, plages et fjords. Mais elle joue aussi un rôle essentiel dans la vie du pays en reliant la plupart de ses villes et villages.
Derrière la beauté des paysages qui s’offrent aux conducteurs se cache une réalité plus complexe. Ces dernières années, l’afflux massif de visiteurs a transformé certains tronçons de la Ring Road en véritables goulots d’étranglement. Durant la haute saison, les parkings de cascades célèbres comme Seljalandsfoss et Skógafoss débordent. Les sentiers saturés s’érodent et les infrastructures peinent à suivre. Pour les autorités islandaises, l’enjeu consiste à concilier l’accueil des visiteurs avec la protection d’un environnement géologique unique.
2,2 MILLIONS DE VISITEURS ÉTRANGERS
En 2024, le gouvernement a rétabli une taxe touristique nationale de 600 couronnes islandaises par nuitée. Portée à 800 couronnes en 2025, soit un peu plus de 5 euros, elle s’accompagne d’un encadrement renforcé des locations saisonnières. Ces mesures doivent contribuer au financement et à l’entretien des sites, notamment par l’installation de passerelles en bois, la restauration des sentiers surfréquentés et la protection des sols volcaniques fragiles, mais aussi à limiter la pression immobilière exercée sur la capitale Reykjavík.
Par son caractère unique, la Ring Road reste un puissant aimant touristique. En 2023, l’Islande a accueilli environ 2,2 millions de visiteurs étrangers, soit près de six touristes pour un résident. Un ratio parmi les plus élevés d’Europe, qui pose la question de la soutenabilité de ce modèle à long terme.
Pour autant, la route circulaire constitue aussi un levier de rééquilibrage. En incitant les voyageurs à s’éloigner de la côte sud pour explorer le nord et l’est voire, par des itinéraires secondaires, les fjords de l’Ouest, elle contribue à mieux répartir les flux et permet de découvrir une Islande plus secrète. Dans un pays qui compte près de 39.5000 habitants sur 103.000km2, soit moins de quatre habitants au kilomètre carré, le calme et la beauté des grands espaces restent un trésor à préserver.

